Avec la réédition de l’EP A Fairytale – Chapter One sous le label Teodor Music, le projet norvégien Tivoli Boy nous replonge au cœur des racines d’une œuvre conceptuelle absolument vertigineuse. Derrière ce mystérieux pseudonyme se cache le frontman de Mental Illness, une formation lycéenne née à Oslo au début des années 1990 dans le sillage rebelle et agressif du black metal. À l’époque, l’atmosphère est si intense qu’un membre fondateur se convertit soudainement au christianisme en pleine répétition. Les vestiges musicaux de ce choc spirituel résonnent d’ailleurs encore aujourd’hui à la fin de la ballade Welcome to Hell, où l’on perçoit les derniers éclats de sa contribution.
Enregistré initialement en 1995 dans un studio norvégien, ce premier chapitre historique capture une transition artistique majeure. Marqué par la découverte inspirante du groupe de death-prog Minas Tirith, le musicien délaisse la provocation pure pour entamer une réflexion intellectuelle sur l’apocalypse et le vide divin. Le postulat originel de l’époque est alors bien sombre : Dieu a délaissé les hommes et l’humanité court droit vers l’enfer. C’est ce que traduisent des morceaux comme le frontal Terminal 10 ou le puissant The Sorcerer, qui installent une tension brute et portent le poids de ce funeste scénario de fin du monde.
Pourtant, le parcours personnel de l’artiste va prendre un virage totalement inattendu au fil des décennies. Devenu scientifique après son passage à l’université, l’homme troque sa panoplie de musicien de scène pour les laboratoires, tout en continuant à transposer ses recherches dans son art. Il théorise ainsi le cosmos comme une « machine à paradis » construite, une révélation curieusement éveillée par l’écoute de Starman de David Bowie. Cette approche académique vient transfigurer ses anciennes compositions et jeter un pont unique entre la science, la philosophie et le rock progressif.
Trente ans plus tard, ce long voyage qui a débuté dans les ténèbres s’apprête à trouver son point d’orgue avec la sortie, en novembre 2026, de l’album acoustique Chapter Four – Superstar. La réédition de ce premier EP s’avère donc indispensable pour appréhender la conclusion de ce récit de toute une vie. Elle démontre comment Tivoli Boy est magistralement passé de la noirceur originelle à la promesse lumineuse d’un éden retrouvé.

