Une voix s’élève, fragile, presque irréelle, depuis l’interstice ténu qui sépare le souvenir de l’illusion. Avec After Death, premier single inaugural, Agnes Fred ne se contente pas d’entrer sur la scène dream pop ; elle y projette une ombre mélancolique, une présence construite qui semble s’évaporer à mesure qu’on tente de la saisir. Son timbre lointain évoque des souvenirs qui n’ont peut-être jamais existé.
Conçu par le cinéaste et créateur multidisciplinaire Kris De Meester, ce projet transcende le cadre musical pour devenir une extension sonore de sa pratique artistique. Puisant son essence dans le poème éponyme de Christina Rossetti, le morceau transmute la dévastation silencieuse des vers originaux en un paysage minimaliste. Le chant, vaporeux, dérive à travers des strates de réverbération, évoquant une nostalgie froide et résolument cinématographique.
Ici, Agnes Fred n’est pas une artiste conventionnelle, mais une identité fragmentée, façonnée autour des thèmes de l’isolation émotionnelle et de la tromperie de soi. La musique est lente, hantée, refusant les crescendos classiques pour préférer une stase immersive. « Ce projet consiste moins à créer des chansons qu’à créer un espace », explique De Meester. Agnes Fred existe quelque part entre une personne et un souvenir.
After Death marque le début d’un univers audiovisuel où le réel se dissout. Entre dream pop et shoegaze, la piste explore ces amours inventées, ces versions de nous-mêmes qui n’existent que dans le regard d’autrui. Agnes Fred nous invite dans un rêve dont on ne se souvient jamais totalement, mais dont la tristesse, elle, reste bien réelle.

