Dans le paysage indie folk minimaliste, Annie Schultz trace un sillon singulier avec « MIS », une pièce qui n’a rien d’une simple balade feutrée. Originaire de Minneapolis, l’artiste s’éloigne de ses arpèges de guitare habituels pour plonger l’auditeur dans une ambiance sombre, presque méditative.
Ce qui frappe dans MIS, c’est sa construction sonore : une trame dense dominée par un orgue lourd, des harmonies vocales superposées et une contrebasse profonde qui donne au morceau une assise presque funéraire. Ce choix d’arrangements ne se contente pas d’habiller une mélodie, il installe une atmosphère où l’on ressent physiquement les tensions du texte.
L’écriture de Schultz explore sans détour le thème de l’autosabotage. Il y a dans MIS cette logique silencieuse et implacable des pensées qui tournent en boucle : catastrophiser des fins imaginaires, rejouer sans cesse des erreurs passées, reconnaître ces schémas d’auto‑destruction auxquels on semble inévitablement condamné. Cette lourdeur n’est pas pesante pour elle-même, mais elle éclaire la poésie du morceau d’une lumière claire-obscure, presque douloureuse.
Sur le plan vocal, MIS fonctionne comme un dialogue intime — entre la chanteuse et ses propres contradictions. Les harmonies, loin d’adoucir le propos, amplifient cette tension intérieure et créent une gravité narrative : chaque ligne chantée porte le poids d’un questionnement personnel.
En quittant les sentiers balisés de la guitare folk classique, Annie Schultz offre une composition qui se ressent autant qu’elle s’écoute. Avec MIS, elle signe une exploration honnête et texturée de son univers musical, une pièce où l’intime se confond avec le paysage sonore et où l’émotion se déploie dans chaque silence.

