Certains affirment qu’ils hantent les studios clandestins depuis des décennies. D’autres, plus radicaux, jurent que le groupe n’existe tout simplement pas — qu’il ne serait que le fruit d’une expérimentation acoustique menée dans le secret absolu des laboratoires gouvernementaux, enfouis sous les denses forêts de Suède. Pourtant, deux noms finissent par s’incarner : Daniel di Porto Rosa et Nic Nikita. Ensemble, ils forment The Essence of The Universe, et leur premier single, « Ave Maria », vient de percer la stratosphère du rock alternatif.
Dès les premières secondes, on comprend que la structure classique est ici une notion obsolète. Le titre dérive dans le cosmos indie avec une grâce spectrale. Au centre de ce chaos organisé, la voix de Daniel di Porto Rosa. Magnétique, presque sépulcrale, elle stagne dans l’air comme une fumée épaisse dans un club de jazz désert.
Mais le véritable coup de génie — ou de folie — réside dans la présence de la chanteuse invitée, Jo So Fine. Son timbre, aérien et irréel, semble flotter au-dessus du mix, offrant un contrepoint éthéré aux graves du leader. L’anecdote de studio, déjà culte, veut que Nic Nikita, l’alchimiste sonore du duo, ait dirigé Jo avec une instruction pour le moins surréaliste : « Chante comme si tu avais une boule de billard dans la bouche. » Le résultat ? Une texture vocale étranglée, étrange, d’une beauté désarmante.
Rythmiquement, « Ave Maria » refuse le confort. Chaque beat vacille, scintille et tressaute comme une vieille bobine de film en stop-motion. C’est saccadé, tendre, désespérément vivant. Le morceau ne se résout jamais vraiment ; il invite l’auditeur dans une boucle temporelle suspendue, un entre-deux où le genre et l’époque n’ont plus cours.
Que The Essence of The Universe soit une machination suédoise ou le nouveau messie de l’alternatif importe peu. Avec « Ave Maria », ils ont réussi l’impossible : capturer l’essence d’un instant qui refuse de mourir.

