Forgé dans l’underground fiévreux de Glasgow et Londres, Boxing Club avance sans détour. Le quatuor, né de rencontres bricolées entre petites annonces et amitiés croisées, cultive une tension permanente, quelque part entre urgence urbaine et théâtralité abrasive. Avec « Father and State », il livre un morceau qui cogne autant qu’il questionne.
Pièce maîtresse de l’EP What’s the State Done to You?, le titre s’ouvre sur une batterie martiale, sèche, presque militaire. Les guitares, elles, lacèrent l’espace avec une netteté tranchante, portées par une pulsation new wave tendue qui rappelle l’âge d’or du post-punk britannique sans céder à la nostalgie facile. Tout avance, tout presse.
Mais derrière l’énergie brute, le propos est plus retors. « Father and State » explore les cycles de dommages invisibles : l’héritage familial, les amitiés toxiques, le poids d’un système qui façonne ou fracture les trajectoires. La voix navigue entre accusation rageuse et confession à demi-mot, comme si le narrateur réglait ses comptes autant avec un père qu’avec une institution abstraite. Cette ambiguïté nourrit la dramaturgie du morceau.
Boxing Club ne cherche pas la séduction immédiate. Le groupe préfère l’inconfort, la friction, la phrase qui dérange. Sur scène, on imagine déjà le titre prendre une dimension quasi cathartique. Avec ce premier EP, la formation affirme une identité nerveuse et politique : une musique qui interroge l’autorité tout en exposant ses propres failles.

