Certains morceaux n’invitent pas à la danse, mais imposent le silence. Taken, le nouveau geste radical de Third Bloom, s’avance précisément sur cette ligne de crête. Dès l’ouverture, le projet dépouille son habit de lumière : pas de vernis pop, pas de coussin mélodique. Juste des pulsations brutes, une rythmique à nu qui résonne comme un signal de détresse dans une pièce vide.
C’est dans ce décor de décombres qu’apparaît la voix de Tash Breeze. Elle s’élève comme une fumée au-dessus de la carlingue. Sa performance ici est saisissante. Elle ne chante pas ; elle murmure une confidence, précise et tranchante comme une plaie ouverte. On pense instantanément à un poème sonore baptisé « What’s Burnt Cannot Grow », une architecture bâtie sur les ruines d’un électro viscéral. Quelque part entre le minimalisme d’Underworld, la noirceur d’Orbital et la vulnérabilité de Tricky au bord du gouffre.
La production, d’une patience implacable, refuse de presser le pas. Le tempo maintient son cap, laissant le venin lyrique agir à sa propre température. Puis, au moment exact où la tension devient intenable, le titre se fissure pour libérer un refrain. Un seul. Un crescendo mérité, presque arraché au silence.
La fin de Taken ne console pas : elle se dissout. Des synthétiseurs chaleureux émergent des débris, évoquant la lumière du soleil sur une terre brûlée. C’est une conclusion dévastatrice, inconfortable, qui laisse l’auditeur transformé. Avec ce titre aventureux, Third Bloom plonge dans l’inconnu, et c’est précisément là que réside toute sa beauté.

