Cruel Ploy a frappé un grand coup avec X’s and Ohs, un premier album qui semble surgir d’un monde oublié. Né des ruines d’une époque post-humaine, le collectif de Hamilton — Skyler, Pete, Jay et Tommy — s’impose comme une force sonore insaisissable. Leur studio clandestin, décrit comme « interdit », a vu naître un son hybride : métal récupéré, processeurs défaillants et énergie de rébellion brute se mêlent pour créer un univers où chaque note défie la norme.
L’album se déploie comme une fresque dense et éclatée. Dès « Hashtag », l’humour mordant et sarcastique pose le ton, un clin d’œil à la génération connectée. Les morceaux courts et percutants — « Your Face », « Piece of Shit » — alternent avec des plages plus élaborées, comme « Boyfriend » ou « Jelly », où le chaos laisse place à des atmosphères plus immersives. Chaque titre semble pensé pour surprendre, bousculer et provoquer, tout en gardant une cohérence dans le désordre.
Cruel Ploy joue habilement avec la tension entre provocation et introspection. « Funny How? » et « Sounds Like A You Problem » fustigent les clichés sociaux avec riffs nerveux et sarcasme, tandis que « Stoic » et « Disorder » explorent des zones plus sombres et vulnérables. Ce contraste constant entre agitation et moments de réflexion confère à l’album une profondeur inattendue, loin des productions calibrées et prévisibles.
Dense, irrévérencieux et volontairement excessif, X’s and Ohs ne se contente pas de se faire écouter : il s’impose comme un manifeste. Plus qu’un album, il est un cri brut pour un temps saturé de tiédeur et d’indifférence. Dans ce chaos organisé, Cruel Ploy transforme la désolation en rébellion musicale, révélant une authenticité rare et une vision audacieuse qui marque durablement le paysage post‑humain de la musique.

