Venu tout droit des brumes de Portland, le trio Darkswoon signe avec Antivenom son œuvre la plus aboutie, une plongée organique au cœur d’une darkwave moderne et habitée. Pour ce quatrième album, la formation sublime son alliage de post-punk et de shoegaze, bâtissant un édifice sonore où la rigueur des machines rencontre la vulnérabilité de la chair.
Au centre de cette architecture se dresse la voix éthérée de Jana Cushman, qui utilise ses textes comme un scalpel pour disséquer le deuil, l’anxiété et les fractures sociales. Sur le morceau-titre, « Antivenom », la tension est palpable : les rythmes cinétiques de Rachel Ellis propulsent une mélodie sombre qui semble chercher l’exutoire dans la répétition. C’est une confession brute, portée par une nappe synthétique glaciale mais étrangement réconfortante.
Plus loin, « Small Death » illustre parfaitement l’évolution du groupe vers des territoires plus denses. La basse granuleuse de Norah Lynn serpente entre des guitares saturées, créant une toile sonore immersive où l’on se perd volontiers. Enfin, l’album culmine avec le final crépusculaire « Going Dark ». Sur près de six minutes, Darkswoon déploie toute sa science de l’atmosphère, laissant l’émotion brute déborder du cadre électronique pour une conclusion d’une intensité rare.
Antivenom n’est pas seulement un disque de genre ; c’est un remède sonore face à un monde incertain. Entre textures mécaniques et chaleur humaine, Darkswoon s’impose comme une voix essentielle de la scène alternative actuelle, prouvant que l’introspection peut être à la fois urgente et universelle. Une réussite totale.

