Certains premiers pas ressemblent à des déflagrations. Avec leur tout premier single « Blunt », le quatuor britannique Dolours ne cherche pas à séduire, mais à marquer au fer rouge. Installé aux confins du post-punk, du noise rock et d’une darkwave crépusculaire, ce morceau s’impose d’emblée comme une introduction d’une tension rare, presque étouffante.
Construit sur une rythmique implacable et des textures de guitares abrasives, le titre matérialise une sensation de pression constante. Dolours y fusionne la pulsation mécanique et glaciale de Joy Division avec l’urgence brute, viscérale, de Fontaines D.C. Pourtant, de cette noirceur industrielle émerge une lumière inattendue. Entre les basses vrombissantes et les synthétiseurs enivrants, une mélodie éthérée se fraie un chemin pour déboucher sur un refrain d’une efficacité redoutable, porté par des crochets vocaux superposés.
Textuellement, « Blunt » agit comme un exutoire organique. La chanson explore l’anxiété moderne, le deuil des attaches toxiques et ce besoin salvateur de couper les ponts pour se réinventer. La vulnérabilité y côtoie une défiance farouche, transformant le désarroi en une catharsis libératrice. Le groupe, qui revendique une écriture collaborative d’une honnêteté sans fard, prouve ici sa capacité à façonner une mélancolie magnétique.
Plus qu’un simple enregistrement de studio, cette première ogive noire pose les bases d’un univers total, pensé pour une expérience scénique immersive et totale. Avec « Blunt », Dolours ne se contente pas de rejoindre les rangs de la scène alternative : le groupe y injecte un venin addictif dont on aura bien du mal à se sevrer.

