Dren McDonald pleure ses fantômes dans « Resting of Light »

Derrière la beauté suspendue de « Resting of Light », il y a un nom qu’on n’attendait pas forcément : Hardy Fox. Le compositeur californien Dren McDonald l’a confié lui-même, la chanson lui est directement dédiée. Fox, longtemps resté dans l’ombre, s’est révélé bien des années plus tard comme le véritable architecte musical des Residents, ce collectif énigmatique fondé en 1972 et dont l’identité collective a fasciné des générations de curieux.

Mais réduire ce titre à un simple hommage serait passer à côté de l’essentiel. McDonald l’admet sans détour : chaque chanson de son prochain album Vox Pterous porte le souvenir d’une personne qu’il a connue, et qui s’en est allée en l’espace de quelques années à peine. L’album entier se dessine alors comme un cimetière intime, où chaque morceau devient une pierre tombale sonore.

Fait notable, les Residents eux-mêmes doivent proposer un remix de « Resting of Light », dont on ignore encore la forme qu’il prendra. La pièce originale, longue de sept minutes, semble d’ailleurs fournir un motif que McDonald retravaille à plusieurs reprises dans l’œuvre.

Musicalement, la chanson se tient sur un fil rare : elle frôle constamment une forme de retenue, presque une absence d’émotion, avant de se rattraper in extremis en faveur du sentiment. Ce jeu d’équilibriste donne à chaque écoute une sensation vertigineuse, comme un abandon volontaire, une chute de confiance renouvelée à chaque note.

Sur le plan de l’instrumentation, McDonald reprend le tissu orchestral déjà exploré sur son précédent disque Pterous, mais il l’ouvre cette fois entièrement à la voix humaine. La production reste épurée, presque aérienne : une pulsation discrète et régulière sert de colonne vertébrale au morceau, tandis que les textures instrumentales se déploient par plutôt que par accumulation, laissant beaucoup d’espace au silence. Certains observateurs y ont même entendu un croisement improbable entre l’atmosphère feutrée de Tindersticks et l’éther des Cocteau Twins, avec une sensibilité d’arrangement qui n’est pas sans rappeler Jeff Buckley.

Côté voix, l’alliage entre Carla Kihlstedt et Amelie Anna fonctionne comme un dialogue plus qu’une simple superposition : leurs lignes vocales, limpides et précisément articulées, s’enlacent sans jamais se marcher dessus, dans une sensualité toute en retenue. Ce tissage à deux voix donne au morceau son caractère presque classique dans l’écriture, tout en conservant la chaleur d’une chanson pop.

Vox Pterous sortira le 31 juillet 2026 chez Appearing Records.

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