Le paysage musical moderne souffre parfois d’un excès de politesse. Heureusement, certains artistes préfèrent encore griffer le vernis. C’est le cas d’EMPTY MACHINES, le projet viscéral de l’artiste écossais Thomas Crawford, basé à Glasgow. Avec son dernier single, « Vicious Vulture », le musicien — désormais solidement épaulé par la voix magnétique de Jodie Helena — signe une œuvre d’une intensité rare.
« Vicious Vulture » ne se contente pas de s’écouter ; le morceau s’impose à nous. Dès les premières mesures, on plonge dans un clair-obscur sonore fascinant. Crawford y déploie tout son savoir-faire, orchestrant un télescopage parfait entre des influences rock alternatif texturées, des pulsations électroniques froides et des nappes ambient presque cinématographiques. C’est un véritable « mur de son » DIY, à la fois lourd et aérien, qui s’élève de leur studio de Glasgow.
La magie de cette chronique du désenchantement tient pourtant à un contraste saisissant. Sous le déluge de sonorités abrasives et de guitares saturées, la voix de Jodie Helena agit comme un phare dans la brume. Son chant, d’une douceur éthérée et mélancolique, survole le chaos instrumental avec une grâce spectrale.
Ce rapace vicieux s’avère être une divine surprise post-punk et darkwave. EMPTY MACHINES prouve que l’indépendance a encore du chien et que la noirceur, lorsqu’elle est sculptée avec une telle précision mélodique, possède une beauté magnétique. Un titre organique, hautement immersif, qui confirme que le duo écossais est définitivement l’un des secrets les mieux gardés — plus pour longtemps — de la scène alternative actuelle.

