Avec Fragmentation, le bassiste et compositeur Daren Burns signe une œuvre dense, vibrante, presque cinématographique. Dès les premières mesures, la volonté de bousculer les cadres s’impose, d’ouvrir des brèches dans l’écriture comme dans l’improvisation. Rien n’est figé : chaque thème respire, se contracte, explose parfois, avec une liberté farouche mais toujours maîtrisée.
Pour donner chair à ses partitions, Burns s’est entouré d’improvisateurs majeurs de la scène sud-californienne, parmi lesquels Vinny Golia, Steuart Liebig et Randy Gloss. La richesse des timbres impressionne : clarinette basse incantatoire, claviers atmosphériques, guitares tantôt abrasives tantôt lyriques. On entend un collectif stimulé, constamment poussé vers l’avant par des arrangements imprévisibles et une écriture exigeante.
Les morceaux marquants abondent. Le funk décalé de « Bald With A Beard » électrise l’ensemble, tandis que « Quiet Chaos » assume ses échappées free. « Neither Orangutan nor Robot » installe une étrangeté presque science-fictionnelle, entre ironie et tension. Plus loin, « Sacred Dilettante » ou « Slipshod Demigod » révèlent une intensité dramatique saisissante. La musique avance sans temps mort, comme portée par une urgence souterraine.
La fin du parcours confirme cette impression d’abondance créative : « Sheep Miscellaneous Soup » déborde d’énergie collective, « Thoughts And Prayers » offre un repli introspectif, et « Hurt » conclut dans une hypnose troublante et persistante. Fondateur du label Urban Nerds Records, Burns livre ici un disque audacieux, organique, profondément vivant, singulier et habité. Un album qui s’impose durablement.

