Certains disques s’imposent d’emblée, sans détour, comme une évidence sonore. How To Manage A Crisis, premier album de Gee Whiz!, appartient à cette catégorie. Derrière ce titre faussement programmatique se cache tout sauf une méthode : plutôt une déflagration pop, un tourbillon sonore qui transforme l’angoisse contemporaine en fête collective.
Dès l’ouverture, le groupe pose ses cartes sur la table : « Thousands of people are joining together to play from all over the world ». Pas une simple phrase, mais un manifeste. L’idée d’une musique comme espace commun, presque politique dans son intention, irrigue tout l’album. Et surtout, elle fonctionne. Rarement une entrée en matière aura aussi bien résumé l’élan d’un disque.
Formé à Bologne, le quatuor revendique un héritage limpide. Entre la mythologie studio des The Beatles — ravivée récemment par Peter Jackson — et l’électricité fédératrice de Blur, Gee Whiz! s’inscrit dans une tradition tout en la dynamitant. Le résultat : un indie rock sous acide, dopé aux mélodies immédiates et aux textures psychédéliques.
Musicalement, le disque ne laisse aucun répit. Les dix titres s’enchaînent à un rythme soutenu, portés par des guitares fuzz incandescentes, des rythmiques nerveuses et une avalanche de hooks. C’est dense, parfois presque trop, mais toujours habité par une énergie contagieuse. Une fête permanente qui semble refuser de s’éteindre, précisément parce que le monde extérieur tangue.
Au cœur de cette effervescence, « Mr. Dinosaur » s’impose comme le moment de grâce. Sous ses airs de comptine déjantée, le morceau touche juste. Il parle aux marginaux, aux hypersensibles, à ceux qui avancent à contretemps. Dans ce chaos organisé, Gee Whiz! glisse une forme de tendresse inattendue : ici, la crise se soigne par l’empathie.
Le reste de l’album déroule une galerie de tableaux aussi absurdes qu’éclairants. « Magic Carpets » imagine des extraterrestres dépassés par notre réalité, « Emily » raconte une fuite vers l’inconnu, et « Little Dan » célèbre la solitude comme territoire créatif. Autant de fragments qui composent un monde parallèle — pas si éloigné du nôtre, finalement.
Mais c’est peut-être dans « Big Fireworks » que l’ADN du groupe se révèle pleinement. Deux minutes d’urgence rock, de nostalgie déformée et de plaisir brut. Un morceau qui regarde en arrière sans céder à la mélancolie, préférant transformer le souvenir en carburant.
Et puis « The Wake », point de convergence du projet. Quand le groupe scande « LET’S SING AS LOUD AS YOU CAN », difficile de ne pas céder. Ce n’est plus une chanson, c’est une injonction. Une manière de rappeler que, face au chaos, le collectif reste une réponse viable — sinon la seule.
Avec ce premier album, Gee Whiz! ne cherche pas à expliquer le monde. Le groupe le prend tel qu’il est, bancal, bruyant, imprévisible — et en fait un terrain de jeu. How To Manage A Crisis est un disque excessif, parfois débordant, mais profondément vivant. À l’heure où tout semble vaciller, cette vitalité-là n’a rien d’anodin.
