Certains morceaux avancent masqués. Au premier abord, « Burn The Witch », le premier single de herbie the rabbit (le projet solo de Dan Marsh), sonne comme un haussement d’épaules pop et entraînant. Mais ne vous y trompez pas : ce titre a des dents, et sa morsure est profonde. Sous la production impeccable de Jordan Lawlor (M83), qui libère une menace sourde, se cache une œuvre sardonique, dissociative et silencieusement furieuse.
Le morceau prend pour cible la mentalité de meute et la facilité déconcertante avec laquelle une foule désigne un coupable. herbie the rabbit retourne habilement l’accusation contre l’accusateur : « Quelqu’un t’a raconté une version d’une histoire qui n’était pas vraie / Es-tu à blâmer pour ne pas avoir cherché à savoir ? » Une pique directe contre notre complicité passive face aux faux-semblants modernes.
Visuellement et thématiquement, le projet s’ancre dans la figure de Lilith, la « première sorcière », magnifiée sur la pochette par le tableau de Dante Gabriel Rossetti. Symbole d’insoumission pour avoir refusé de se soumettre à Adam, Lilith incarne ici la volonté indomptable persécutée par le conformisme.
Cette quête d’insoumission résonne intimement avec le vécu de Dan Marsh. À travers une narration puissante et un esprit sombre, l’artiste transforme son expérience du TDAH, de l’autisme et du C-PTSD — entre dissociation et vigilance constante — en de véritables contes folkloriques modernes. Une entrée en matière percutante qui prouve que le rock alternatif a encore de belles vérités à hurler.

