Avec son premier album Was It Real or Was It Just Me?, publié chez l’influent label My Pet Flamingo, la productrice londonienne Jana Tyrrell signe une œuvre immersive saisissante. Ancienne élève de piano classique et d’écoles de danse, passée par des collaborations remarquées avec le duo vaporwave Donor Lens, la multi-instrumentiste façonne ici un univers singulier où la pop hypnagogique se teinte d’une obscurité industrielle et dissonante.
Enregistré presque entièrement à domicile, cet opus fusionne habilement synthèses analogiques et numériques, nappes vocales fantomatiques, pédales d’effet et guitares saturées. De sa Telecaster à sa guitare à huit cordes, Tyrrell traite son studio comme un laboratoire d’expérimentation. Le titre City Psychedelics en est l’illustration parfaite, distordant le réel à coup de delays inversés et de basses lourdes pour peindre une fuite nocturne. Ce titre est un bijou que nous vous recommandons comme tout le projet d’ailleurs.
Pourtant, au cœur de cette dystopie sonore, la lumière perce. L’irrésistible morceau d’ouverture Conversations captive immédiatement avec son breakbeat chaloupé, tandis que le mélancolique Skeletal — dont le clip s’inspire ouvertement du chef-d’œuvre cyberpunk Ghost in the Shell — explore les méandres de l’identité moderne. L’album bénéficie également d’échanges organiques précieux, notamment un solo de guitare langoureux de sleepless nights et les rythmiques du batteur jazz Rick David.
Face à l’angoisse d’une époque ultra-connectée où le vrai se confond avec le simulacre, la talentueuse Jana Tyrrell choisit de tout dissoudre dans une expérience vaporeuse. Was It Real or Was It Just Me? ne tranche jamais. Il nous laisse alors dériver, magnifiquement suspendus entre la morsure de fûts saturés et la douceur d’un rêve éveillé.

