Sous l’étiquette de l’audacieux label Flat 5th Dimension Records, la chanteuse Laranah Phipps Ray ne se contente pas de marcher dans les pas de ses pairs ; elle court, elle improvise, elle bouscule. Sa relecture de « Jazz Crimes », standard moderne composé par le saxophoniste Joshua Redman, est bien plus qu’une simple cover. C’est une collision frontale entre deux mondes que l’on croyait parallèles.
Dès les premières mesures, l’intention est claire : nous sommes au carrefour d’une jam session interstellaire. Imaginez Sun Ra invité à diriger le groupe de Nile Rodgers. On y retrouve cette quête spirituelle et cosmique propre au jazz avant-gardiste, propulsée par une section rythmique d’une précision chirurgicale, héritée du funk le plus pur.
Le cœur battant du morceau reste la performance vocale de Laranah. Là où Redman utilisait son saxophone pour tracer des lignes sinueuses et complexes, la vocaliste répond par un scat organique, presque viscéral. Sa voix devient un instrument à part entière, flirtant avec les limites de la mélodie pour mieux embrasser le rythme. C’est du « Jazz Funk » au sens noble du terme : une musique savante qui n’oublie jamais de faire bouger les corps.
Entourée de son groupe La Funkalicious, Phipps Ray réussit le pari de rendre le jazz « dangereux » et festif à nouveau. Entre les cuivres rutilants et les nappes synthétiques, ce titre s’impose comme le nouveau cri de ralliement d’une scène qui refuse de choisir entre l’intellect du club de jazz et la sueur du dancefloor. Un véritable crime de lèse-majesté que l’on écoute en boucle, sans aucun remords.

