Vingt ans. C’est le temps qu’il aura fallu à Shani Shavit, bassiste incontournable de la scène de Tel-Aviv, pour ouvrir son tiroir à secrets et livrer son premier album, The Full Picture. Sorti le 21 novembre 2024, ce projet autoproduit s’impose comme une œuvre organique et profondément thérapeutique, née dans le huis clos de son home studio pendant la pandémie. En s’appropriant ce temps d’arrêt forcé, l’artiste a su transformer l’isolement en un puissant moteur de création.
Ancienne accompagnatrice de l’ombre aux côtés des plus grands artistes israéliens, Shavit tisse ici une tapisserie musicale sans frontières. Nourrie de rock, de classiques israéliens et de rythmes afro-latins, elle embrasse une philosophie d’unité dans la diversité. L’album surprend par son audace multilingue, mêlant l’anglais, l’espagnol, l’hébreu et des traditions yéménites, prouvant que la musique transcende les barrières culturelles.
Pour façonner ce monde de magie, d’amour et de douleur, elle a réuni 27 musiciens de son entourage. Le bassiste Jango l’accompagne ainsi sur le solaire Sun Will Shine, tandis que la voix envoûtante de Tula Ben-Ari et le piano délicat d’Adi Renert subliment des pièces maîtresses comme Son de la Luna et Just Another Love Song. Ces collaborations enrichissent chaque texture sonore sans jamais dénaturer l’essence de ses compositions.
D’une liberté absolue, l’album explore des thèmes poignants, de la reconstruction après des peines de cœur à la vulnérabilité brute de RVN, où elle brise le silence sur le harcèlement sexuel. Marqué par ses voyages initiatiques à La Nouvelle-Orléans, le disque se clôt sur le titre From the River to the Lake. Shavit y chante comme un mantra : « I know the time, I know the space, Everything is falling into place », conclusion lumineuse d’un voyage de guérison.

