Avec « Ghost We Keep », Hoxsey ne livre pas un simple album, mais un véritable long-métrage auditif. Cet opus ambitieux de onze morceaux s’impose d’emblée comme une dérive envoûtante à travers un univers surréel, particulièrement peuplé de figures oubliées et de paysages hantés par nos propres souvenirs.
Loin d’un divertissement saisonnier éphémère, le projet puise sa sève créative profonde dans l’imagerie brute des cirques itinérants. À l’écoute attentive, on imagine sans peine ces sombres chemins de terre s’enfonçant dans la pénombre, ces chapiteaux usés par le vent, ces artistes mystérieux et ces villes fantômes abandonnées au temps. Hoxsey bâtit ainsi une véritable cathédrale gothique et cinématographique originale où la nostalgie flirte constamment avec le macabre.
La force magistrale de cette œuvre réside surtout dans son précieux équilibre narratif. Des pièces maîtresses comme « The Introduction of Sgt. Capone », « A Ride With the Four Horse Men in 1888 » ou l’obsédant « Corpses Ball Room » structurent un récit global captivant. À l’inverse, des respirations beaucoup plus intimistes à l’image des titres « The Road » et « Josaphina » captent immédiatement l’auditeur au plus profond du cœur, offrant une proximité presque charnelle avec le musicien.
Au-delà de son atmosphère sépulcrale, cette riche collection sonore aborde avec brio des thèmes universels majeurs : la mortalité humaine, l’identité fragmentée et le poids lourd des souvenirs. Hoxsey ne dicte jamais aucune direction précise, préférant largement inviter son public fidèle à errer librement dans ce vaste territoire magnétique. Une splendide errance poétique, hautement organique, qui résonne en nous très intensément bien après les toutes dernières notes.

