Le musicien londonien d’origine irakienne Mostafa Al, alias Sheykh Forever, livre un retour percutant avec Fire in the Master’s House. Écrit, produit et mixé entièrement à la maison sur une période de quatre ans, ce projet de 14 titres fusionne habilement disco, heavy rock, pop hypnagogique et funk en de véritables hymnes taillés pour le dancefloor. Derrière l’urgence des rythmes se cache pourtant une œuvre profondément politique, née d’un sentiment d’exil et de traumatismes liés à la guerre.
L’album s’ouvre magistralement avec l’implacable I’m your history. Sur ce morceau, l’artiste dénonce l’oppression et la dépossession à travers des lignes de basse funk paranoïaques et un texte saisissant où il chante le déracinement imposé par les bombes. C’est un groove abrasif qui refuse de fermer les yeux face à la propagande et à la culpabilité des survivants.
Puis vient le titre Ghosts! transforme la colère en une pop déformée rappelant les ondes AM vintage, tandis que Lineage explore la transmission intergénérationnelle de la douleur avec des arrangements électroniques lourds et hypnotiques. En fin de disque, l’expérimental Run for cover rappelle le goût de l’artiste pour une pop excentrique et aventureuse, évoquant les esprits libres de Nicolas Jaar et Blood Orange. Comme nous, vous allez être embarqués dans cette pause musicale dès les premières mesures.
Fire in the Master’s House réussit le pari rare de marier l’immédiatesse mélodique et la narration cinématographique brute. Disponible dès aujourd’hui sur Bandcamp et toutes les plateformes de streaming via Forever Records, ce disque viscéral prouve que la musique de club peut encore être le plus puissant des vecteurs de révolte.

