Avec son troisième opus instrumental, Alone in a Crowd, le pianiste canadien Evan Wish signe une œuvre funambule. Entre musique pure et musique à programme, son piano refuse de choisir. Il ne livre pas un récit rigide, mais sème des indices émotionnels au fil de dix compositions nées d’un geste brut.
Le voyage s’ouvre sur The Hill, ascension chromatique sans transition, acceptée dans son imperfection. L’artiste gravit ses doutes après un grave accident qui a failli lui coûter l’usage des mains. Cette résilience irrigue le jazzy For Just a Penny, né en fauteuil roulant. Ce titre, au rythme latin inattendu, s’impose aussi comme un manifeste politique. Il dénonce avec amertume la dépréciation du streaming, où quatre cents écoutes arrachent à peine un centime.
L’album trouve son équilibre dans l’instant. Fleeting Beauty capture la nostalgie des cerisiers de Tokyo en teintes mineures. Plus loin, l’hypnotique Carousel tourne sur lui-même sans urgence, reflet des cycles de l’existence. Evan Wish compose la nuit, là où la réceptivité est totale. C’est le cas sur Falling Into You, abandon nocturne, ou le mystérieux Sometime Around Midnight, aux allures de bande originale cinématographique.
L’œuvre s’achève tardivement sur I Like Us, morceau composé un an après les autres pour rompre la superstition d’un disque à neuf pistes. Ses dissonances savamment résolues scellent un pacte organique entre l’homme et l’ivoire. Wish ne cherche pas à impressionner ; il s’écoute exister au milieu du chaos. Une solitude habitée, profondément humaine, qui rappelle que la beauté est un refuge aussi fragile qu’essentiel. Vous pouvez découvrir l’analyse musicale complète.

