À l’écoute de « Mirabeau », une impression s’impose d’emblée : celle d’un morceau qui traverse le temps avant de trouver enfin sa place. Écrite il y a trente ans à Milan, la chanson signe aujourd’hui l’arrivée de The Real Zenogram sur les plateformes de streaming, après quarante années d’écriture nourries par une même obsession, celle du lien intime entre musique et littérature.
Le titre s’appuie sur le poème Le Pont Mirabeau de Guillaume Apollinaire, publié en 1913, et en prolonge la méditation sur l’amour, la perte et le temps qui file. La voix, sobre et expressive, épouse les mots avec une retenue élégante, laissant la charge émotionnelle se déployer sans artifice. Cette interprétation vocale, tout en nuances, donne au texte une résonance presque suspendue.
Côté production, The Real Zenogram construit un paysage sonore aux accents dream pop, mêlant nappes de Korg M1, synthétiseurs analogiques, boîte à rythmes feutrée et guitare électrique aux reflets mélancoliques. L’ensemble crée une atmosphère enveloppante, où la mélodie circule librement, portée par des textures qui rappellent un certain goût pour les climats introspectifs et cinématographiques.
Produit à Norwich et masterisé à Londres, « Mirabeau » s’accompagne d’un clip composé d’images de films muets anciens, prolongeant cette conversation entre passé et présent. Ancien cofondateur du groupe art rock Pindar’s Apes, The Real Zenogram ouvre ici un chapitre solo tout en délicatesse, avec une suite déjà annoncée pour l’année prochaine. Une entrée en matière sensible, où la poésie devient matière sonore.

