Des artistes choisissent un sillon et s’y tiennent religieusement. D’autres, comme Mogipbob, font de l’imprévisible une signature. Installé dans le nord de l’Alberta, le songwriter canadien revient avec Anything but Me, un troisième opus riche de 16 titres originaux paru sous son propre label, Mogipbob Records. Cet album s’impose d’emblée comme une exploration affranchie de toute contrainte de genre.
Loin des formules convenues, le disque navigue habilement entre country-soul, folk-rock, blues, funk et rétro-soul. Mogipbob y orchestre un grand écart saisissant : l’absurde y côtoie l’intime.
D’un côté, des compositions excentriques peuplées de vampires arbitres « Umpire Vampire« , qui brille par une instrumentation riche appuyée par des cuivres imposantes, surtout la superbe voix du chanteur qui montre une puissance et un timbre charmeur. D’imposants pantalons d’époque « Hell’s Bell Bottoms » ; de l’autre, des réflexions feutrées sur le temps qui passe, la mémoire et les méandres de l’identité « The Old Me Was the Young Me » qui est également une de nos préférées. En effet cette ballade installe une ambiance feutrée portée par une superbe ligne de guitare dans un folk majestueux.
Ce contraste insuffle toute sa sève à l’œuvre. Chaque morceau trouve la couleur musicale qui sert le mieux son récit. La démarche créative surprend tout autant : si les textes humains restent le cœur battant du projet, l’artiste intègre l’intelligence artificielle comme un simple outil de production pour sculpter ses arrangements et peaufiner ses choix d’instruments.
Profondément ancré dans l’observation du quotidien, Anything but Me capture ces détails ordinaires qui deviennent subitement poignants ou décalés selon l’angle choisi. Mogipbob signe ici une chronique vive, imprévisible et profondément attachante. Une réussite singulière pour ce compositeur au grain de folie rafraîchissant, qui refuse obstinément de rentrer dans une case.

