Dans le paysage saturé de l’alt-pop actuelle, rares sont les voix qui parviennent à transformer une introspection brute en une œuvre aussi architecturale. Avec son premier single « Don’t Give It Wings », l’auteure-compositrice et pianiste Odile Ohms ne se contente pas d’une simple introduction ; elle pose la première pierre d’un édifice émotionnel complexe qui culminera dans un EP attendu cette année.
Au cœur de cette composition hybride, où l’élégance du piano rencontre une ferveur punk rock, réside une réflexion sur la transmission des traumas. Ohms explore ce basculement périlleux où les blessures reçues commencent, malgré nous, à dicter notre regard sur les autres et sur nous-mêmes. C’est le récit d’un motif qui devient visible, d’une réaction instinctive qui se mue en un comportement appris, prêt à être transmis.
La genèse du morceau puise dans l’instabilité de l’adolescence, période où le déracinement a créé chez l’artiste une dissonance identitaire. « Quand votre monde prend feu et que vous ne pouvez pas l’arrêter, vous commencez à croire que c’est votre vie », confie-t-elle. Cette œuvre agit donc comme un pare-feu psychologique. En refusant de « donner des ailes » à ces mensonges intérieurs, Odile Ohms capture l’instant précis où l’on identifie une spirale toxique avant qu’elle ne devienne une fatalité.
Porté par une voix habitée et une structure organique, « Don’t Give It Wings » s’impose comme un acte de résistance salvateur. Une entrée en matière percutante qui annonce une artiste à suivre de très près.

