Certains morceaux semblent avoir été enregistrés dans l’urgence de l’instant, et « time starts fading » en fait partie. Philip Brooks, artiste indépendant naviguant entre shoegaze et dream pop, y déploie des textures vaporeuses qui rappellent immédiatement les univers planants du Cure ou de Slowdive — sans jamais tomber dans la pâle imitation.
L’histoire de son enregistrement en dit long sur l’esprit du morceau. Après huit heures de route à travers l’Allemagne pour aller récupérer un magnétophone 24 pistes et une grande console de mixage, Philip a capté cette chanson dès la toute première démo. Ce que l’on entend aujourd’hui, c’est cette prise originelle, brute, gardant intacte l’excitation du moment où le titre a pris vie.
Mais derrière la beauté sonore, « time starts fading » porte un propos plus sombre. Le morceau capture cette sensation étrange de voir la vie défiler sans vraiment la vivre, nourrie par l’épuisement lié à l’autisme, l’isolement et une forme de détachement émotionnel. L’écriture, vulnérable, s’inscrit dans une production pop alternative résolument introspective.
Le vers central résume tout : « Standing in the corner of my bedroom / Waiting patiently for something else. » On y devine une attente presque immobile, tiraillée entre lassitude et un optimisme discret. Car c’est bien là le cœur du morceau — cette prise de conscience tranquille que personne d’autre ne peut nous sortir de cet état suspendu. Il faut, tôt ou tard, trouver soi-même le chemin.
Avec « time starts fading », Philip Brooks signe une ouverture aussi fragile qu’assurée, où l’attente devient presque une promesse.

