Sehore frappe un grand coup avec « IA », le premier single percutant de son troisième album. En choisissant une signature rythmique en 5/4, le projet musical refuse le confort des structures conventionnelles pour plonger l’auditeur dans une expérience sonore brute et intensément organique. Ce choix technique audacieux n’est pas un simple exercice de style, mais le moteur même du morceau.
Le cœur du titre bat au rythme d’une impulsion volontairement instable et fragmentée. Les figures rythmiques oscillent sans cesse, permutant entre des groupements internes imprévisibles : tantôt un balancement en 3+2, tantôt une tension en 2+3, voire des ruptures abruptes en 4+1. Ce chaos méticuleusement orchestré crée une tension palpable. Cette structure en miroir épouse parfaitement le concept thématique développé par Sehore.
Derrière l’énergie du rock alternatif se cache une critique sociale cynique et acérée, entièrement portée par des lignes de chant en espagnol. Le morceau dépeint des individus contemporains qui, paradoxalement, affichent des traits de comportement bien moins humains que la célèbre machine de Turing. En inversant la frontière entre la conscience et l’algorithme, Sehore signe une œuvre à la fois philosophique et viscérale.
Enregistré dans le sanctuaire de Paco Loco et masterisé avec précision chez Kadifornia par Mario G. Alberni pour MusicHunters Records, « IA » s’impose comme une réussite majeure. C’est une chronique abrasive de notre époque, où la dissonance rythmique devient le plus beau reflet de nos propres failles existentielles. Un retour magistral qui redéfinit les contours du rock moderne.

