Avec son nouveau single vocal et électronique, « Same Things », Andrew Bunsell signe un retour aussi hypnotique que glaçant. Entièrement écrit, produit et interprété par l’artiste, le morceau s’articule autour d’une boucle entêtante : « same things happen again and again ». Mais loin d’une simple redondance, cette ritournelle semble progressivement dysfonctionner à mesure que le titre évolue, traduisant l’urgence de son propos.
Bunsell capte ici une tension contemporaine majeure : celle de l’Histoire qui bégaye. À travers des textures électroniques minimalistes, il explore le vertige de voir ressurgir de vieilles forces destructrices — la montée des fascismes, de nouvelles formes de colonisation — sous des visages pourtant modernes. Le morceau interroge directement notre époque, marquée par l’effritement de l’attention et le renoncement au jugement critique.
Pour illustrer ce naufrage de la raison, le musicien puise une inspiration fascinante dans la peinture classique, évoquant L’Escamoteur de Jérôme Bosch. Dans cette œuvre, les grenouilles symbolisent la crédulité humaine et la perte de discernement face à la manipulation. Bunsell transpose brillamment ce symbolisme historique dans notre contexte moderne pour dénoncer l’affaiblissement de la pensée face aux distractions contemporaines.
Pourtant, la force de « Same Things » réside dans son refus du fatalisme absolu. En écho à la formule d’Héraclite selon laquelle on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, le titre rappelle que le monde change en permanence. La répétition n’est jamais tout à fait identique, et c’est dans ce fossé, entre la peur de la récurrence et la possibilité d’une mutation, que la musique de Bunsell déploie sa puissance organique.

