Le pissenlit est une fleur paradoxale. Souvent reléguée au rang de mauvaise herbe, elle possède pourtant une résilience biologique fascinante. C’est à travers cette métaphore organique que la joueuse d’oud syrienne Rihab Azar a pensé Dandelion, son premier album instrumental magistral que nous vous recommandons sans plus attendre.
Conçu dans la douleur des crises contemporaines, cet opus acoustique s’affranchit des frontières traditionnelles de la région SWANA. Entourée d’Andrew Chung au violon, de Ben Bolt-Martin au violoncelle et de Firas Hassan aux percussions, la compositrice livre un manifeste d’une grande densité narrative, refusant les étiquettes de genre.
L’album s’ouvre sur l’oppressant Questions, écrit pour le mémorial de la tour Grenfell. Les phrases suspendues de l’oud y crient l’injustice. Ce point d’ancrage tragique sert de terreau à une quête de lumière. Dans The Pull of Time, le pizzicato du violoncelle matérialise la fuite du temps, tandis que Biography of a Bubble, dédié au regretté Eyad Osman, oscille magnifiquement entre la légèreté éphémère d’une bulle et la gravité d’un adieu.
Rihab Azar ose tout : insuffler une énergie rock à Indulgence, réinventer le cycle rythmique traditionnel en 10/8 dans Samaie, ou dépeindre la vie jaillissant du désert avec le diptyque Sand, Roots & Blossoms. Le voyage s’achève sur le magnifique Enchanted Weavers, inspiré des préraphaélites. L’oud s’y extrait d’un sortilège pour prôner un « enchantement féroce », une force imaginative nécessaire pour affronter la lourdeur du monde.
Dandelion ne se contente pas de traverser les genres ; il bouscule les attentes et s’impose comme une œuvre brute, essentielle et profondément humaine.

