Avec son dernier titre « ifeelstrange », Saylem n’écrit pas seulement une chanson ; l’artiste ouvre le chapitre le plus sombre et fascinant de son histoire. Consumé par d’innombrables déceptions et des peines de cœur à répétition, Saylem prend ici une décision radicale : s’arracher le cœur pour abandonner ce qu’il reste de son humanité. Une mise à mort émotionnelle qui résonne avec une force brute tout au long de ce morceau poignant.
Cette nouvelle ère musicale ne naît pas de nulle part. Elle puise sa sève toxique et magnétique dans un imaginaire cinématographique fort, à la croisée de Jennifer’s Body, Black Swan et du chef-d’œuvre cyberpunk Akira. À travers ces références, « ifeelstrange » explore avec une lucidité presque dérangeante les dynamiques de pouvoir, le vertige de la célébrité et les pièges d’une féminité performative, poussée jusqu’à son paroxysme.
Esthétiquement, le morceau est un joyau de pop alternative sombre. Saylem y fusionne des textures lo-fi à une production lourde, presque suffocante, qui traduit parfaitement ce sentiment d’aliénation. La voix, oscillant entre vulnérabilité extrême et froideur robotique, incarne cette transition vers l’insensibilité choisie. Ce n’est plus de la musique de rupture, c’est la bande-son d’une mutation psychologique.
En fin de compte, « ifeelstrange » s’impose comme une œuvre organique et viscérale. Saylem y transforme sa douleur en une armure noire et scintillante, confirmant son statut d’icône d’une génération désenchantée. Un titre à écouter en boucle, pour peu que l’on accepte de plonger dans l’obscurité.

