Le rock indépendant trouve souvent sa plus belle résonance dans les recoins les plus sombres de la psyché humaine. Avec In The Still, enregistré en totale autonomie dans un sous-sol de Rochester , Sipul livre bien plus qu’un premier album : c’est un véritable exutoire thérapeutique.
Porté par James « Spaz » Spaziani, Al Bellanca et Doug Folen , le trio accouche d’une œuvre viscérale née d’une période de profonde détresse psychologique. Hanté par une célèbre histoire d’un internaute bloqué dans une réalité alternative , Spaziani explore ici ses propres luttes contre la dépression et les troubles obsessionnels compulsifs.
Au cœur du disque, le titre Margarine of Error condense cette suffocation mentale. Entre tension musicale et chant parlé, le morceau capture l’urgence d’un cerveau submergé qui implore un instant de répit. Juste avant, Familiar Stranger illustre parfaitement l’ingéniosité organique du groupe. Refusant les formats lisses, Sipul y intègre une texture sonore fascinante faite de bruits de machine à écrire, de scie à bois et de téléphones à cadran, transformant le quotidien en une fresque sonore énigmatique. Enfin, le poignant No End marque une rupture majeure avec leurs influences grunge d’origine. Le morceau distille un sentiment d’impuissance entêtant, une errance brute où la musique semble chercher une issue de secours.
Après avoir célébré cette sortie sur la scène du Bug Jar , Sipul prouve que l’art reste le plus puissant des vecteurs de résilience. In The Still ne se contente pas de raconter la douleur ; il la transforme en une éclatante lueur de catharsis rock. Un premier essai d’une maturité rare, profondément humain.

