Suzy Sheer : « Pure Pulse, Slow Decay, Soft Release », l’électro-pop en état de décomposition clinique

4/10

Avec un titre pareil, Suzy Sheer annonçait la couleur : une autopsie sonore de nos rythmiques modernes. Sorti le 30 avril 2026, Pure Pulse, Slow Decay, Soft Release se présentait comme le successeur logique de l’intrigant Euphoriphilia (2024). Mais là où son premier long-format brillait par une tension brute proche de la scène indus/witch-house (souvent comparée à Snow Strippers ou Crystal Castles), ce nouvel essai s’embourbe dans son propre concept. En voulant étirer le temps et documenter la « lente décomposition » de ses textures, l’artiste livre un disque monocorde, presque léthargique, qui peine à susciter la moindre étincelle émotionnelle.

Le cœur du problème réside dans un systématisme fatigant. À l’exception de l’efficace « Figure Eight » (en feat. avec DJH), les morceaux s’enchaînent avec une prévisibilité déconcertante. Le reproche récurrent — un minimalisme qui frôle la paresse et un cruel manque de dynamisme — prend ici tout son sens. Suzy Sheer applique à la lettre le programme de son titre : une pulsation pure au départ, qui s’étiole lentement (slow decay) pour finir sur une note fade (soft release). On attend désespérément la rythmique qui fera décoller les pistes, le sursaut d’énergie qui sauvait ses précédents EP, mais rien ne vient.

Seul le titre « No Surprise » (avec Damon R. & Chandler Moss) parvient brièvement à rompre la monotonie grâce à un grain de voix plus habité et une mélodie synthétique presque nostalgique. Pour le reste, l’album s’écoute comme un bruit de fond pour rave désaffectée, une musique d’ambiance clinique dont on oublie les contours sitôt la dernière piste éteinte. Ce minimalisme spectral plaira peut-être aux puristes d’une certaine pop expérimentale et lo-fi de fin de soirée, mais pour le grand public, l’ennui est profond. En se figeant dans une posture trop conceptuelle, Suzy Sheer signe une œuvre en demi-teinte qui s’évapore sans laisser de trace.

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