Originaire de Chichester, le trio The Ingrid continue de brouiller les pistes avec son troisième single, « Lullaby ». Là où le titre suggère un refuge mélodique, Jess Charleslyn, Will Hornsblow et Josh Platt livrent une œuvre en clair-obscur, transformant la berceuse traditionnelle en une exploration troublante des faux-semblants. Le groupe s’impose désormais comme une voix singulière, capable de transformer le calme mélodique en un malaise émotionnel complexe.
Musicalement, le morceau est une pièce d’orfèvrerie dream-pop infusée de textures shoegaze et rock alternatif. On y retrouve la clarté mélodique de The Sundays mêlée à l’énergie brute de Wolf Alice ou des Marías. La voix de Jess Charleslyn, héritière d’une approche minimaliste, s’entoure désormais d’arrangements denses où la guitare aux accents blues de Will Hornsblow vient lacérer la douceur ambiante, portée par la batterie narrative de Josh Platt.
Le cœur de « Lullaby » réside dans son paradoxe thématique : une quête de confort qui sonne faux. Le groupe détourne les codes de la berceuse pour explorer l’empathie de façade et les connexions fragiles. Comme l’explique Charleslyn, le titre ne se veut pas strictement autobiographique, mais observe un comportement social reconnaissable : celui d’une intimité performée qui, sous un vernis de sincérité, révèle une réalité bien plus instable.
Après l’obsessionnel « Limerence » et l’éthéré « Mother », ce nouveau titre confirme la profondeur narrative du trio. The Ingrid ne se contente pas de composer des chansons ; ils tissent un fil rouge sur la perception et l’illusion émotionnelle. Sous la surface soyeuse de leurs arrangements se cache une inquiétude familière, faisant de cette « berceuse » un morceau aussi magnifique qu’organiquement perturbant. Une ascension à suivre de très près.

