Certaines œuvres ne se contentent pas d’être écoutées ; elles se traversent comme des paysages en mouvement. Avec « StreAM », pièce maîtresse de son nouvel opus Waiting For Music To Surprise Me Again, Thomas Umbaca confirme son appartenance à cette lignée de musiciens pour qui le piano est un organisme vivant, battant et imprévisible.
Loin des structures figées, le morceau se déploie avec la fluidité d’une rivière en crue. La composition repose sur un usage magistral du live looping, où les motifs de piano s’empilent avec une précision d’orfèvre, sculptant une texture sonore au relief quasi cinématographique. La force de « StreAM » réside précisément dans cette hybridité sauvage : à la rigueur du néo-classique vient se greffer la liberté organique du jazz et l’audace d’un design sonore expérimental.
L’élément de rupture, celui qui fait basculer la pièce dans une autre dimension, c’est la voix. Utilisée comme un instrument à part entière, elle hante les silences et survole les boucles de touches, apportant une dimension charnelle, presque mystique, à l’ensemble. Thomas Umbaca ne cherche pas la démonstration technique ; il traque l’émotion brute, rendant l’instrumental profondément narratif.
Pour les habitués des univers de Nils Frahm ou d’Ólafur Arnalds, cette escale est indispensable. « StreAM » est une immersion totale, un flux magnétique où le temps accepte, enfin, de suspendre sa course.

