Certaines chansons naissent d’un souvenir furtif et, des années plus tard, résonnent avec une force inattendue. Avec Zueri, Dave Curl livre bien plus qu’un simple single : il ouvre une fenêtre intime sur les contrastes sociaux de Zurich.
L’histoire remonte à trois décennies. Étudiant, il traverse chaque matin le centre-ville pour rejoindre l’université. Sur son chemin, un vieil homme joue des chansons de Bob Dylan pour quelques pièces, à quelques mètres seulement des vitrines luxueuses de la Bahnhofstrasse. L’image le frappe : la pauvreté visible, presque silencieuse, face à l’opulence éclatante. À l’époque, il en esquisse les premières lignes. Puis la vie suit son cours.
Trente ans plus tard, le constat est amer : l’écart entre riches et modestes ne s’est pas estompé, il s’est creusé. Revenir à Zueri devient une nécessité artistique. Curl, Suisse aux racines anglo-australiennes, façonne un titre à son image : des couplets en suisse-allemand, ancrés dans le bitume local, et un refrain en anglais qui élargit la perspective. Cette dualité linguistique épouse parfaitement l’âme internationale de la ville.
Enregistré au KO Recording Arts, en Allemagne, le morceau déploie une énergie indie rock nerveuse, presque rugueuse. La guitare acoustique claque, la section rythmique pulse, et la voix de Curl conserve cette fragilité maîtrisée qui fait sa signature. Comme nous, vous allez être emportés par cette chanson qui brille tant sur le fond et la forme.
Avec Zueri, Dave Curl ne moralise pas : il observe. Et dans ce regard posé sur les fissures dorées de Zurich, il trouve une vérité universelle.

