De la rue de Brixton à l’obsession mondiale : comment Msb Mario “El Niño de la Pili” est en train de redéfinir la musique

Credit photo — David Polley @dpol.pov

Une Française à Londres, sur le point de rencontrer la voix la plus insaisissable du moment.

L’entretien ne commence ni dans une chambre ni en coulisses, mais dans une rue de Brixton — murs couverts de graffitis, air en mouvement, stands improvisés et vies en transit. C’est ici, au cœur underground londonien, que Iggy Magazine le rencontre.

Msb Mario, « El Niño de la Pili », avance avec un calme désarmant. Il s’arrête, échange quelques mots, offre des cigarettes, laisse des pièces — sans spectacle, juste le geste. Il ne répond à aucune question en chemin. Le silence fait partie du mouvement.

Ce n’est qu’en arrivant dans un petit studio photo, intime, que quelque chose s’ouvre. Il accepte immédiatement. Avec un demi-sourire, il propose de répondre en français — avec mon aide.

J’accepte aussitôt.

Après tout, il est El Niño de la Pili — que pourrais-je bien lui dire ?

Et ainsi, presque sans y penser, la conversation commence.

1. Vous vous produisez dans une salle où des artistes légendaires ont écrit les premiers chapitres de leur histoire. Mais vous n’arrivez ni d’un groupe, ni d’une scène — vous venez de la littérature. Avez-vous déjà imaginé que votre écriture vous mènerait sur une scène comme celle-ci, dans une autre langue, dans un autre pays ?

Oui. Je l’ai vu il y a des années avec ma fille, dans mon salon. Pas surpris. Les Brésiliens semblaient meilleurs, tu te souviens ? Devine qui surgit au second poteau et marque de la tête.

2. Votre travail semble profondément enraciné, même lorsqu’il paraît expérimental. Parlez-moi de Montserrat. Que représente encore cet endroit dans votre musique, et comment façonne-t-il quelque chose d’aussi contrasté que le flamenco et le reggaeton dans votre son ?

C’est le quartier de mon père, de ma grand-mère, de ma tante, de mon cousin… et de ce Mario qui ne cesse jamais de rêver ; tout vient de là. À Reus.

3. Lorsque vous abordez le flamenco, il y a un sentiment d’héritage. Avec le reggaeton, une forme de rupture. D’où vient cette dualité — tradition contre instinct ?

La tradition s’est ancrée dans la musique par la doctrine, pas par l’instinct ; l’art, lui, est instinctif. Et le plus souvent, il ne suit pas la tradition — il la réinterprète.

4. Votre performance porte des éléments de rock’n’roll sans guitares — attitude, tension, physicalité. Que signifie le rock pour vous aujourd’hui, et où existe-t-il dans votre travail ?

J’aime le rock. Mais je ne suis pas rock’n’roll, je suis “roll another one”.

5. Parlons références. Quels artistes — espagnols ou internationaux — ont formé votre oreille avant même que vous montiez sur scène ?

El Jero. Little Grace.

6. Au-delà de la musique — que lisez-vous en ce moment ? Quels écrivains ont marqué votre manière de penser, pas seulement de créer ?

Maribel m’a donné un très bon livre, mais je ne veux pas dire le titre. J’aime Wilde, Burroughs, Bukowski et moi-même. Dans cet ordre, nous sommes les plus grands écrivains de tous les temps.

7. Votre travail possède aussi une forte identité visuelle. Décomposons-la.

– En peinture — êtes-vous attiré par le chaos ou par la composition ?

J’aime le chaos de Dalí et la composition de Velázquez.

– Au cinéma — quels films restent le plus avec vous : ceux qui expliquent tout, ou ceux qui laissent une inquiétude ?

Le cinéma quinqui espagnol. C’est tout.

– En photographie — préférez-vous être observé ou contrôler l’image ?

Contrôler l’image, mais être observé fait partie du contrôle de l’image.

– Et la mode — sans doute l’un des éléments les plus commentés chez vous. Votre chapeau, vos ongles, votre silhouette… rien ne semble accidentel. Qui ou quoi influence votre manière de vous présenter visuellement ?

Mon père, Yayo. Ce sont mes principales inspirations dans la mode.

8. Nous avons aperçu une partie du dispositif visuel pendant votre balance ce soir — projections, mouvement, une certaine obscurité dans les tons. Sans trop en révéler, quel rôle joue l’image dans votre performance ce soir ?

Tout. Ma famille est là avec moi.

9. À Iggy Magazine, nous aimons parfois réduire la complexité à quelque chose d’immédiat. Je vais vous donner cinq mots. Notez chacun de 0 à 5 — non pas logiquement, mais émotionnellement, à cet instant précis :

Silence : 9
Désir : 2
Famille : 20
Poésie : 8,1
Musique : 8

10. Vous avez construit une présence qui semble à la fois profondément personnelle et volontairement distante. Où se situe votre vraie vie dans tout cela — vos relations, votre cercle proche, votre quotidien ?

Je suis un lad tranquille ; je ne sais pas pourquoi tout le monde me demande ça. Je ne parle pas beaucoup, mais ça ne veut pas dire que tout ce que tu vois est comme ça.

J’aime être avec ma famille ; j’aime les miens, mais la réalité, c’est que je suis Mario. J’aime porter un chapeau et m’habiller comme ça, et je n’ai aucun problème à dire que si ce n’était pas pour tout ça, nous ne serions pas en train de parler maintenant.

Mais sans ma famille non plus, je serais au ciel.

Je suis comme ça, simple.

11. On sent que ce soir n’est pas un concert comme les autres — c’est une déclaration. Que voulez-vous que les gens emportent avec eux en quittant Hootananny Brixton ?

Qu’ils ne se sentent pas seuls.

12. Pour la suite — travaillez-vous sur une nouvelle œuvre ? Un autre album, un autre livre, ou quelque chose qui n’a pas encore de forme ?

Non, j’ai terminé.

13. Et enfin — quand tout cela évoluera, s’étendra, ou même disparaîtra — qu’aimeriez-vous avoir construit ?

Un chemin. Pour ce garçon ou cette fille qui grandit dans une petite ville avec peu de ressources, qui veut écrire mais qu’on regarde bizarrement. Maintenant, ils peuvent aller en ligne et voir mon parcours, comment faire, étape par étape.

Moi, j’ai souffert sur ce chemin ; eux, ils en profiteront.

Suivez son parcours sur instagram :

https://www.instagram.com/msbmario_milan

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