8.5/10
Quinze ans après le raz-de-marée mondial d’ I Follow Rivers, la prêtresse de la pop suédoise, Lykke Li, signe son grand retour avec The Afterparty. Présenté par son entourage comme son sixième et potentiellement dernier album studio, ce projet court mais incroyablement dense (9 titres pour 24 minutes) s’impose déjà comme un chef-d’œuvre de pop crépusculaire.
Là où son précédent opus, EYEYE, brillait par un minimalisme lo-fi presque étouffant, The Afterparty prend le contre-pied total en embrassant un maximalisme orchestral somptueux. Enregistré à Stockholm dans les mythiques studios d’ABBA, l’album convoque un orchestre symphonique de 17 musiciens pour draper les angoisses de la chanteuse dans un écrin de lumière. Lykke Li décrit d’ailleurs elle-même ce disque comme « ABBA sous substance », et le résultat est saisissant.
L’album fonctionne comme une métaphore de notre époque : ce moment charnière, à 4 heures du matin, où l’ivresse de la fête s’évapore pour laisser place aux vertiges existentiels et à la conscience de notre propre mortalité. Le génie de Lykke Li réside dans ce contraste permanent entre des textes sombres, hantés par l’éphémère, et une production disco-pop lumineuse portée par des « bongos apocalyptiques » et des refrains d’une efficacité redoutable.
Le sommet de l’album est sans conteste le single Lucky Again, un morceau magistral qui sample la réinterprétation des Quatre Saisons de Vivaldi par Max Richter. Les cordes virevoltantes s’y mêlent au chant cristallin de l’artiste, créant une vague d’euphonie pure. De l’ouverture poignante Not Gon Cry à la conclusion logique Euphoria, en passant par le fiévreux Sick Of Love, le disque ne souffre d’aucun temps mort.
Si The Afterparty doit effectivement clore la discographie de Lykke Li, elle ne pouvait pas rêver plus belle sortie. C’est un album à la fois hédoniste et tragique, une danse désespérée mais magnifique sur les cendres du monde. On adore, on en redemande, et on savoure chaque seconde de cette splendide fin de soirée.

