Il est des disques qui s’écoutent comme on déplie une carte du ciel. Le premier album de Yasu Cub, spiral arms, sorti le 25 mars 2026, appartient à cette catégorie rare d’œuvres nées d’une longue décantation. Porté par le duo Jacob Oki Ahearn et Rory Hoffmeister, ce projet méticuleux tisse un lien invisible entre la mélancolie verdoyante de Portland et la solitude nocturne de Tokyo.
De cette dislocation géographique naît une musique suspendue, une pop éthérée et organique qui semble enregistrée à l’heure où les villes s’endorment. Au cœur du disque, le single principal « picking at grass » résume à lui seul cette tension dramatique. Écrit en 2012 puis réenregistré sous la houlette de Rory, le morceau s’imprègne de la fragilité de Fleet Foxes et de l’amplitude du rock de Seattle. La basse profonde et le piano lumineux y enveloppent une poésie terreuse, née d’un souvenir de cerfs au bord d’un marais en Géorgie.
Spiral arms oscille constamment entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. Sur le poignant « sea glow », Jacob adopte la perspective de sa grand-mère japonaise traversant le Pacifique dans les années 1950. Plus loin, le titre « en » joue sur les homophones japonais pour lier le destin (縁) et le cercle (円), symbolisant la géométrie des retours.
Enregistré en partie face à une éclipse lunaire, l’album se referme sur les lueurs d’indigo de « state of indigo ». Yasu Cub signe ici un manifeste magnifique sur la liminalité, prouvant avec une grâce infinie que l’univers tout entier peut résider dans le plus petit des secrets.

