Il est des morceaux qui refusent de se plier à l’urgence de l’époque. Treize ans. C’est le temps qu’il aura fallu au bassiste et compositeur Philip Kuehn pour laisser mûrir « By Design », une pépite de jazz contemporain instrumental qui vient enfin de voir le jour. Conçue sur les lacets mythiques de la Pacific Coast Highway californienne, cette œuvre voyageuse a sédimenté durant plus d’une décennie dans l’esprit de son créateur, subissant d’incessantes réécritures avant de trouver son point d’ancrage.
Le résultat de cette longue décantation est un road-trip sensoriel d’une fluidité remarquable. Loin de s’effondrer sous le poids de sa longue gestation, le titre s’élance avec une fraîcheur organique saisissante. Le mariage entre les cuivres expressifs — où dialoguent le saxophone habile de Matt Marantz et une trompette lumineuse — et une orchestration luxuriante crée une texture résolument cinématographique.
Porté par une production moderne, le morceau respire l’optimisme et le grand air, capturant à la perfection ce sentiment de mouvement perpétuel et d’horizons infinis propre aux côtes américaines. Kuehn confie avoir longtemps attendu un moment parfait qui aurait pu condamner l’œuvre au silence.
En choisissant de livrer cette partition intime, entouré d’un collectif de musiciens inspirés, il signe bien plus qu’un simple morceau de smooth jazz : une ode vibrante à la persévérance. « By Design » s’impose comme une bande-son idéale pour les fins de journée solaires, une invitation à baisser les vitres et à laisser la mélodie guider le voyage.

