8.8/10
Après avoir exploré les tréfonds de la dépression sous les traits d’un chien noir, puis incarné un cafard résistant face au divin, l’artiste ghanéen-australien Genesis Owusu abandonne les métaphores animalières. Avec REDSTAR WU & THE WORLDWIDE SCOURGE, son troisième opus, il pose son armure conceptuelle pour affronter le monde réel, les yeux dans les yeux. Et le constat est aussi brûlant que nécessaire.
Enregistré dans le secret d’une église galloise, l’album résonne comme une messe païenne pour époque troublée. Owusu y applique à la lettre le précepte de Nina Simone : l’artiste doit refléter son temps. Face aux dérives de la tech-aristocratie et à la montée des extrêmes, il brandit une musique totale, un maelström sonore qui refuse de choisir entre la rage du punk scuzz, la moiteur du funk et l’urgence du hip-hop politique.
La force de cet album réside dans son refus du compromis. Sur le redoutable PIRATE RADIO, la basse slappe avec une agressivité jubilatoire, tandis que DEATH CULT ZOMBIE capture à merveille la paranoïa contemporaine. Pourtant, au milieu du chaos, Owusu ne cède jamais au nihilisme. Le splendide FALLING BOTH WAYS (en collaboration avec Ladyhawke) et l’explosif HELLSTAR (avec Duckwrth) agissent comme des soupapes de sécurité, injectant une pop lumineuse et une urgence festive au cœur du moshpit.
C’est précisément cette dualité qui fait la grandeur du disque. Owusu ne se contente pas de documenter le naufrage ; il orchestre la résistance avec un sens inouï du groove et du spectacle. Moins métaphorique que ses prédécesseurs, le musicien gagne ici en humanité et en impact politique brut. REDSTAR WU & THE WORLDWIDE SCOURGE est l’autopsie d’un monde fracturé, mais c’est surtout le disque d’un artiste au sommet de son art, capable de transformer la claustrophobie ambiante en une immense célébration libératrice. Une claque magistrale.

