Certains premiers singles ne demandent pas la permission pour entrer. C’est le cas de « Prozac Nation », la toute première décharge électrique de Jetlag, un collectif londonien bien décidé à secouer la léthargie ambiante.
Dès les premières secondes, le morceau impose son ADN : un groove indomptable hérité du rock classique, propulsé par une guitare rythmique au détachement provocateur, digne d’un grand cru de Keith Richards. Mais Jetlag ne se contente pas de piller le passé. Le groupe modernise son propos en injectant des cuivres percutants à la Primal Scream et l’énergie brute des Black Keys. Le résultat ? Une invitation immédiate, presque charnelle, à l’abandon sur la piste de danse.
Pourtant, sous les pulsations de cette rythmique addictive, le fond se révèle d’une noirceur salvatrice. Inspiré par le flux de conscience cher à Bob Dylan, le texte déroule une poésie vive et libre. Jetlag y dresse le portrait cinglant d’une époque chaotique, une « nation sous Prozac » où les héros d’hier sont les parias d’aujourd’hui, et où la société semble traverser les crises en somnambule.
C’est précisément dans ce contraste que réside la force organique de ce titre. Équilibriste brillant, Jetlag signe une œuvre ambitieuse qui refuse de choisir entre l’urgence de la réflexion et le plaisir viscéral du mouvement. Avec ce coup d’essai transformé en coup de maître, la formation londonienne prouve que le rock a encore de belles histoires à hurler. Une entrée en matière hautement addictive.

