Certaines œuvres ne se contentent pas d’être écoutées ; elles s’infusent en nous comme un rituel sombre. C’est le cas de « DÆMON », la nouvelle bombe audiovisuelle du cinéaste et musicien chilien Nicolás Orion, alias Nicoorion. Pour ce premier chapitre d’une série qui s’annonce d’ores et déjà mémorable, l’artiste s’est entouré du guitariste Bruno de la Vega et du réalisateur Lucas de la Vega, qui signe ici des débuts derrière la caméra particulièrement percutants.
Loin des formats calibrés, le morceau fusionne une techno mélodique hypnotique à des textures ambient et cinématographiques. Coproduit par José Ascui, le titre bénéficie du mixage magistral du légendaire Barry Sage (The Rolling Stones, New Order), conférant à la production une profondeur sonore organique et viscérale. La guitare de Bruno de la Vega y apporte un supplément d’âme, une mélancolie brute qui déchire habilement la tension électronique.
Visuellement, le clip s’impose comme un choc esthétique majeur. Inspiré par les univers de Fellini et d’Ari Aster, le film plonge le spectateur dans des rouges profonds et des ombres denses. Le mythe de Médée y est réinterprété à travers le prisme de l’art performatif et du symbolisme orphique, transformant cette figure classique en une véritable force d’attraction et de transe intime.
La performance d’Úrsula Campos, habitée par les codes de la danse Butoh, culmine lors d’une scène de suspension par les cheveux d’une rare intensité, métamorphosant le corps en un outil de résistance. Plus qu’un simple clip, « DÆMON » s’impose définitivement comme une œuvre hybride et magnétique, explorant cette force intérieure créatrice et obscure qui réside en chacun de nous. Une claque salutaire.

