Depuis leur passage sismique sur KEXP, le duo masqué composé de Khn et Klek n’est plus un secret de polisseur de vinyles. Avec Vol. II, les Québécois ne se contentent pas de confirmer les espoirs placés en eux : ils dynamitent les codes du rock instrumental avec une précision chirurgicale et une insolence rafraîchissante.
L’album est une odyssée microtonale où le math rock, souvent perçu comme une discipline austère, subit une mutation génétique. Ici, la complexité technique ne sert pas l’ego, mais une transe collective et absurde. Dès l’ouverture, les structures rythmiques asymétriques de Klek s’imbriquent dans les riffs labyrinthiques de Khn, créant une tension constante, à l’image du titre éponyme de la formation. Des morceaux comme Fabienk ou Mata Zyklek prouvent qu’il est possible de concilier l’exigence du conservatoire et l’énergie brute d’un sous-sol punk.
Ce qui frappe dans ce deuxième opus, c’est l’esthétique dadaïste qui irrigue chaque note. Angine de Poitrine s’amuse du chaos, transformant l’atonalité en un terrain de jeu ludique. Les critiques ne s’y trompent pas : avec une moyenne globale estimée à 8.4/10, l’album est salué comme une œuvre de rupture. Pitchfork lui accorde un solide 8.0/10, y voyant un « weirdly party band », tandis qu’Exclaim! lui décerne la note parfaite de 10/10, y décelant un manifeste contre la conformité musicale.
Vol. II n’est pas seulement un disque de rock expérimental ; c’est une expérience physique, une congestion sonore nécessaire qui, paradoxalement, permet de respirer à nouveau dans un paysage musical trop souvent formaté. Le Saguenay tient là son joyau le plus tranchant.

