Dans un paysage pop souvent saturé de formats prévisibles, Anna Balaguy surgit avec une audace rafraîchissante. Son premier single, « Ça m’regarde » n’est pas seulement une chanson ; c’est une métamorphose sonore en deux actes qui bouscule nos certitudes de mélomanes.
Le titre s’ouvre dans une intimité presque fragile. Une guitare acoustique délicatement pincée, une voix brute, et ce français qui s’entrelace à l’anglais avec une fluidité désarmante. Élevée au folk américain, l’artiste affirme ici son indépendance. « Ça m’regarde, moi », chante-t-elle, traçant un cercle sacré autour de son intimité. On pense alors à la mélancolie boisée de Pomme ou à la pureté dépouillée des premiers enregistrements folk.
Puis, à 1 minute 49, le sol se dérobe. La structure acoustique bascule brusquement dans un mur de synthétiseurs saturés, rappelant les expérimentations vaporeuses d’Iliona ou les cassures radicales d’une Billie Eilish. Ce virage électronique n’est pas qu’un choix de production, c’est le cœur même du propos : passer du « soi » isolé à la prise de conscience brutale du monde extérieur.
Anna Balaguy réussit le tour de force de ne jamais choisir entre la folk organique et la pop électronique. Elle habite l’espace entre ces deux mondes avec une maturité surprenante. « Ça m’regarde » est une œuvre hybride, aussi intime qu’expansive, qui annonce l’arrivée d’une voix majeure sur la scène francophone. Une artiste à suivre de très près, là où les synthés brûlent et les voix murmurent.

