Il fallait un certain culot pour s’attaquer à un monument du heavy metal. Anton Donovan, artiste basé à Los Angeles mais profondément attaché à ses racines de Halifax, en Nouvelle-Écosse, l’a fait sans détour. Sa reprise de « No More Tears », extraite de son récent album The Dogs Are Here, arrache le titre culte d’Ozzy Osbourne à son écrin métallique pour le déposer dans un territoire sonore résolument étranger.
Le résultat ne cherche jamais à copier l’original, ni à le surpasser. Enregistrée entre Los Angeles et Halifax, cette relecture est née d’une collaboration étroite avec le producteur Emerson Dameron, complice artistique de longue date. Ensemble, ils ont su faire ressortir la part la plus sombre et la plus habitée de la composition originale, en la regardant sous un angle radicalement différent.
Ce qui frappe surtout, c’est la genèse du projet. Donovan confie nourrir une fascination pour les ruptures de rythme de la chanson, ses paroles énigmatiques et la voix inimitable d’Osbourne depuis des années, bien avant de se décider à en livrer sa propre version. On sent dans cette interprétation une tension née de la rencontre entre deux sensibilités singulières, artiste et producteur, qui donne naissance à un son résolument à contre-courant des sorties actuelles.
Signe d’une véritable humilité artistique : Donovan lui-même verrait comme le plus bel hommage possible le fait que des auditeurs découvrent l’original d’Osbourne grâce à sa version. Une manière élégante de dire que sa relecture n’existe qu’en dialogue avec la source, jamais en rupture avec elle.

