Dans le tumulte des sorties rock indépendantes de ce printemps, Reetoxa surgit avec un morceau qui refuse la neutralité. « War Killer », nouveau single extrait de l’ambitieux album Soliloquy, marque la première véritable plongée politique de Jason McKee, ancien marin de la Royal Australian Navy devenu songwriter habité par ses contradictions. Derrière les guitares abrasives et l’énergie punk héritée de Sham 69, le chanteur australien livre surtout une réflexion instinctive sur la paix, la division et les réflexes idéologiques modernes.
L’histoire du titre possède presque quelque chose d’irréel. Pendant le confinement de Melbourne, McKee découvre à la télévision les images de Donald Trump et Kim Jong-un échangeant dans un climat d’apaisement. Pour cet homme issu d’un environnement militaire où la Corée du Nord représentait une menace permanente, la scène agit comme un choc psychologique. Ce bouleversement nourrit alors une chanson brute, enregistrée dans les conditions les plus spontanées au Avenue Studio de Cheltenham, juste après une pause bière et tequila devenue déjà légendaire.
Ce qui frappe dans « War Killer », c’est justement cette absence de calcul. Reetoxa ne cherche ni le consensus ni la provocation gratuite. Le groupe canalise plutôt une urgence humaine, portée par une interprétation rugueuse, nerveuse et étonnamment sincère. Jason McKee, qui avait composé près de 1800 morceaux durant la pandémie avant de sélectionner ceux de Soliloquy, hésitait pourtant à conserver cette chanson dans la version finale de l’album. La première prise du groupe a finalement balayé ses doutes.
« War Killer » s’impose déjà comme un favori des premiers auditeurs, preuve que certaines chansons trouvent leur force dans leur honnêteté immédiate. Entre tension punk, regard personnel sur le climat politique et désir presque naïf de réconciliation, Reetoxa signe un morceau qui préfère poser des questions plutôt qu’imposer des réponses. Une tension authentique traverse ce titre sans jamais perdre son intensité.

