Certains déracinements brisent les hommes, tandis que d’autres enfantent de véritables monstres de créativité. En quittant Melbourne pour Singapour en 2023, le multi-instrumentiste Dan Webb a traversé ce vertige géographique et psychologique. De cette immersion totale et sensorielle est né « Hungry Ghosts », une odyssée jazz-rock psychédélique uptempo qui transcende les frontières terrestres.
Inspirée par le traditionnel Festival des fantômes affamés, cette œuvre monumentale se veut une méditation vibrante sur l’interzone, cet espace fragile entre la vie qu’on laisse et celle qu’on reconstruit. Pour matérialiser ce tumulte intérieur, l’Australien — qui compose, arrange, produit et mixe le tout — s’est entouré d’un phalanstère de pointures internationales. Le groove chamanique de Clive Deamer (Radiohead, Portishead) s’entrechoque ainsi avec les textures cosmiques du claviériste Dennis Hamm (Thundercat).
Ajoutez à cela les éclairs électriques du guitariste Bob Lanzetti (Snarky Puppy) et le mastering impeccable de Joe Lambert, et le morceau crépite d’une urgence organique rare. Véritable déflagration instrumentale guidée par une ligne de basse de synthé incandescente, la trajectoire évoque sans rougir la période électrique de Miles Davis, la fureur du Mahavishnu Orchestra et la liberté absolue de Jimi Hendrix. Une fusion totale et incantatoire.
Cette transe est prolongée par un clip conçu sur Webb Warp, une application web synesthétique en 3D codée par l’artiste lui-même, loin des facilités de l’intelligence artificielle. Webb signe ici une œuvre totale, viscérale et habitée. Une aventure sonore qui prouve que l’exil, lorsqu’il est partagé avec de tels magiciens, possède la force d’éveiller les plus beaux fantômes.

