Certains disques racontent une histoire, d’autres portent une cicatrice. « WarTorn », le nouvel EP du producteur HZPROD, appartient clairement à la seconde catégorie. Né en Bosnie pendant le conflit, revenu plus tard reconstruire la maison familiale détruite par la guerre, l’artiste transforme sa propre mémoire en matière première d’un projet ambitieux, presque cinématographique.
Sur « War Within », en compagnie de Zombie Juice et ShoeGang, les tensions intimes se mêlent aux fractures du monde. « A.F.R.I.C.A » prend un virage plus frontal, s’attardant sur la survie, les inégalités et les barrières systémiques avec une lucidité qui évite le pathos facile. Puis vient « Dreamer », respiration nécessaire dans un projet par ailleurs éprouvant : l’espoir y reprend sa place sans jamais effacer la gravité du propos.
Le sommet émotionnel arrive avec « Slave Music », où Charles Hamilton dissèque la liberté, l’identité et le contrôle de l’industrie musicale. HZPROD confie entretenir une relation de longue date avec le rappeur, ce qui donne à ce morceau une densité particulière. Sur « Peace? », KXNG Crooked et The Game posent la question qui traverse tout l’EP : la paix existe-t-elle encore, quelque part ?
Ce que « WarTorn » réussit, c’est de ne jamais transformer l’engagement en simple posture. Chaque titre agit comme un chapitre, porté par une production qui privilégie l’atmosphère à l’esbroufe. HZPROD ne cherche pas à séduire l’industrie : il construit, morceau après morceau, un témoignage qu’il pourrait, dit-il, laisser derrière lui sans regret. Un EP qui vise moins le succès immédiat que la trace durable.

