L’autonomie artistique est une denrée rare dans l’industrie musicale contemporaine. Avec Wild Woman, son premier album entièrement autoproduit et traversé par les frontières des genres, kol isha s’impose là où les femmes restent encore profondément sous-représentées en tant que productrices. Le résultat est un voyage organique, à la fois théâtral et intime, qui reflète les multiples visages du féminin à travers le travail de l’ombre, la satire, la dévotion, la vulnérabilité et le défi.
L’œuvre refuse de s’enfermer dans les étiquettes et déploie une mosaïque audacieuse. On y retrouve notamment « A Different Shade of Green (Madame Bovary) », pensée comme une réimagination féministe au XXIe siècle du chef-d’œuvre de Flaubert, ainsi que « Jerusalem », qui propose une relecture midrashique du chant de victoire de Myriam la Prophétesse au bord de la mer Rouge, transformé ici en un hymne anti-guerre et un appel vibrant à l’unification.
Ailleurs, la production flirte avec le tranchant et des sujets percutants. C’est le cas de « Free Flight to Miami », directement inspiré du documentaire Hot Girls Wanted, qui se distingue par son propos sans concession et une production aux frontières des genres. De son côté, le morceau « The Only Man » bénéficie d’un mixage signé Mark Needham — qui a notamment travaillé sur « Mr. Brightside » des Killers ou « Wicked Game » de Chris Isaak — et s’enrichit de la présence flamboyante d’un chœur gospel nigérian.
Ce disque évoque les fulgurances artistiques de Kate Bush, de Florence + the Machine ou encore de FKA twigs, tout en traçant une trajectoire viscérale unique. Kol isha ne se contente pas de chanter ; elle incarne chaque nuance de la condition féminine dans un acte d’affirmation puissant. Un premier album d’une exigence absolue, qui mérite amplement qu’on lui prête une écoute attentive.

