Après l’intimiste At the Lighthouse en 2023 — album solo architectural porté par le multi-instrumentiste Chris Lonon —, le projet change de dimension. Désormais épaulé par quatre musiciens initialement recrutés pour la scène, le groupe se réinvente. Exit The Olde Guard, place à Time Parade. Une métamorphose organique qui transforme l’effort solitaire en une dynamique collective féroce, palpable dès la première écoute de leur nouvel EP, Those Who Do Not Jump Will Never Fly.
Loin des complaintes autobiographiques qui saturent le rock indépendant actuel, Time Parade choisit l’art du contre-pied. Le quintette de Charlotte livre un disque conceptuel hautement narratif. Les morceaux s’effacent derrière les grands héros de la littérature classique. Le saisissant « Poor Anselmo » s’impose ainsi comme le sommet de l’opus : une relecture vibrante où plane l’ombre de Robert Jordan, le protagoniste d’Ernest Hemingway dans Pour qui sonne le glas, pleurant son compagnon d’armes.
Musicalement, l’album digère ses influences avec une maturité désarmante. On y décèle l’urgence texturée des Smiths, l’ironie mordante du jeune Elvis Costello, mais surtout l’audace créative du regretté David Bowie. La reprise habitée d’un titre de la période tardive de l’icône britannique sert d’ailleurs de colonne vertébrale spirituelle à l’ensemble. On peut citer d’autres titres comme « 1600 Miles » qui porte justement ces influences Bowie, portée par des synthés aériens, une ligne de batterie entêtante.
Entre synthétiseurs denses, orgue Hammond texturé et envolées de guitares sophistiquées, cet EP prouve que le saut créatif de Time Parade valait la peine d’être tenté. En refusant la facilité, le groupe ne se contente pas de sauter dans le vide : il apprend, de manière spectaculaire, à voler.

