Entre les couloirs feutrés d’un hôpital de Denver et la chaleur de son home studio, Tracy Pham trace aujourd’hui un chemin singulier. Infirmière aspirant à devenir hématologue, cette artiste de la diaspora vietnamienne vient de dévoiler U WISH, un premier EP d’une justesse émotionnelle rare, façonné loin des standards rigides de l’industrie musicale.
Publié récemment sous la bannière du collectif mondial nrLabel, le projet est une coproduction transcontinentale et intimiste réalisée avec le producteur Nam Pham. Ici, pas de lissage numérique excessif. Ils ont délibérément conservé des prises vocales imparfaites, privilégiant la vérité du sentiment à la précision technique. Il en résulte une collection de chansons profondément humaines, nourries d’influences atmosphériques sombres à la The Weeknd ou Post Malone.
U WISH capture ces instants magnétiques et collants qui s’incrustent dans la mémoire : un message consulté trop souvent, un vêtement oublié, un frôlement persistant. Le cœur du disque bat au rythme de ces paradoxes. Dans le sublime morceau «SECOND SKIN», Pham explore avec une voix écorchée le choix de rester vulnérable alors même que la fuite reste totalement possible. À l’inverse, le titre éponyme «U WISH» dévoile une facette plus joueuse et frondeuse, équilibrant parfaitement l’introspection globale du projet.
Sous des textes d’une simplicité désarmante se cachent des nuances psychologiques complexes. Tracy Pham ne cherche pas à survendre son spleen ; elle le partage, parfois même avec ses patients. C’est précisément ce dépouillement organique, cette confidence murmurée par-delà les fuseaux horaires, qui fait de U WISH une œuvre si précieuse et universelle.

