Avec « Eyes Shut », Ken Woods et son Electric Reckoning ne se contentent pas de clore un album ; ils figent l’instant avant l’effondrement. Ultime morceau du très attendu American Catastrophe, ce titre agit comme une redescente mélancolique après l’exploration brutale du déclin américain, de 1980 à nos jours.
Si « The Old Blue Gang » explorait les racines rurales, « The Electric Reckoning » investit la ville. C’est un projet urbain, funky et résolument moderne. Pourtant, l’ombre du passé plane : certaines compositions remontent à 1990. Un constat amer pour Woods, qui observe que les plaies de la corruption et de l’échec national n’ont fait que s’ouvrir davantage avec le temps.
Musicalement, Woods rejette le grotesque de la « power ballad » des années 80. Il lui préfère la profondeur émotionnelle d’un Pink Floyd, cherchant cette tension brute, dénuée de sentimentalité facile. « Eyes Shut » évoque la pesanteur de « Comfortably Numb » : une invitation à la réflexion collective, un deuil partagé sous tension électrique. Les mélodies sont magnifiques, délicates, une ballade sonore qui ne bouscule pas, vous emporte et s’impose comme la pause musicale de votre weekend.
Le disque, prévu pour cet été, se veut un portrait à la fois sombre, drôle et groovy de la décadence d’une superpuissance. « C’est plus amusant que ça n’en a l’air », promet l’artiste. Au milieu de ce chaos sonore, ce dernier titre nous exhorte à ne plus détourner le regard. Entre regrets et espoir ténu, Woods nous demande de chanter ensemble pour, enfin, rouvrir les yeux. Une fin de disque magistrale pour une époque en sursis.

